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Après avoir réparé et entretenu nombre de coques en bordé classique, participé à la construction de voiliers de voyage en acier et ferro-ciment (ah, le sablage d'une coque acier…) aménagé plusieurs coques en aluminium ou polyester, brassé des tonnes (oui, des tonnes !) de ce fichu polyester (fichu, pour rester poli…) et recollé moults plis de bois moulé, la découverte des colles époxydes  (les puristes diront "adhésifs") et de la construction "CP époxy" fut pour moi, le mot n'est pas faible, une véritable révélation !

A condition d'accepter les règles du jeu - qui ne sont pas aussi contraignantes qu'on pourrait le craindre mais qui demandent simplement à être connues et respectées - les colles époxydes ont toutes les qualités requises pour la construction nautique, surtout en amateur ! Elles permettent quasiment de "souder" des bouts de bois ensemble, de réaliser des stratifiés, de les coller sur du bois (ce que n'ont jamais pu faire sans risque les polyesters), de vernir, de peindre, de réaliser des pièces et formes massives. C'est, pour le (vieux) constructeur que je suis, un matériau quasiment miraculeux !

Il n'est pas question dans ce document de "faire un cours" sur les techniques des colles époxydes. Les ouvrages ne manquent pas, qu'ils soient proposés par la presse spécialisée ou fournis par les distributeurs de produits. Plus simplement, en quelques lignes, nous vous expliquerons l'architecte et moi-même, si besoin était, les avantages des techniques du " CP-Epoxy

Tout d'abord considérons le matériaux "de base", c'est à dire le contreplaqué  (CP). C'est un matériau mécaniquement très intéressant compte tenu de son poids et qui plus est, contrairement aux métaux (aluminium, acier) est insensible à la fatigue. Autre avantage, avec ce même matériau on pourra construire à la fois la coque, le cloisonnement, les aménagements, voire les appendices. Je suis aujourd'hui convaincu que, sans être le matériau idéal (matériau qui reste à inventer…) le contreplaqué est le matériau le plus à même de satisfaire les exigences de la construction individuelle.


 

Quel type de contreplaqué choisir ?
Vous trouverez bien sûr sur internet nombre de renseignements concernant le CP. Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais ne répond pas à la question : quel type de contreplaqué choisir ? Le cahier des charges de Grain d'Sel ne prévoit pas de construire le bateau le plus économique possible. Son programme impose qu'il soit léger, mais surtout très résistant. Le problème est donc de suite résolu : nous emploierons du CP multiplis, tout okoumé, collage classe 3. C'est environ 2 fois plus cher que du CTB-X tout okoumé collage classe 2, mais cela ne représente finalement qu'un surcoût d'environ 700 € : "Le prix s'oublie mais la qualité reste", comme disait ma grand-mère ! Nous avons standardisé les épaisseurs : 9 mm (7 plis) pour la coque et une partie du cloisonnement, et 6 mm (5 plis) pour l'autre partie de ce cloisonnement et le pont.


 

Du CP au CP Epoxy.

Le mariage du CP aux techniques des époxydes est réellement un mariage d'amour ! Les époxydes, alliés aux contreplaqués, sont les premiers produits qui permettent réellement au constructeur amateur de fabriquer des bateaux dont les qualités pourront se comparer à celles des constructions professionnelles.

Depuis longtemps le contreplaqué a permis aux chantiers artisanaux et aux constructeurs individuels de construire des bateaux dont quelques unités naviguent encore : certains Vauriens, Corsaires, Frégates et autres Corvettes sont aujourd'hui bientôt quinquagénaires et naviguent encore ! Mais d'autres ont depuis longtemps "passé l'arme à gauche" et ne sont plus que souvenirs, tout simplement parce que le point faible (et même très faible !) des anciennes constructions en CP était les liaisons, qui demandaient à la fois à être réalisées avec compétence puis surveillées et entretenues sérieusement. Que l'humidité s'infiltre par la tranche du CP et ce superbe matériau se transforme assez rapidement en un mille-feuilles peu comestible…

Les colles époxydes ont radicalement éliminé ce seul véritable point faible, car elles sont étanches, même à la vapeur d'eau ! Le CP, qu'il soit simplement protégé par un film étanche d'époxy, ou renforcé par des tissus de verre, est devenu un matériau qui ne demande guère plus d'entretien qu'un polyester (sans risque d'osmose pourrait-on ajouter) : une simple couche de peinture passée tous les 5 à 6 ans après un simple dégraissage et déglaçage suffit à l'entretien d'une construction CP Epoxy !

Mais ce qui nous intéresse au premier chef, nous autres "constructeurs par plaisir", c'est la facilité et donc la rapidité de mise en œuvre du contreplaqué allié aux colles époxydes. C'est déjà un matériau "fini" en lui-même (contrairement à tous les composites que l'on fabrique en même temps qu'on les met en œuvre, avec les risques, entre autre, de mélanges mal dosés), léger et agréable à manipuler, standardisé et d'approvisionnement aisé, quasiment inodore, mais surtout qui se travaille agréablement, avec un outillage réduit. Ce sont toutes ces raisons qui font que le CP-Epoxy est aujourd'hui sans conteste le matériau le mieux adapté à la construction individuelle.

Il permet de construire rapidement des bateaux résistants et légers. Certains esprits chagrins lui reprocheront de ne pas autoriser la fabrication de coques en forme, et affirmeront qu'on n'a jamais vu de poissons à bouchain : et les grondins et autres rascasses, alors ? ! Plus sérieusement je n'accepterais comme discutable que la seule critique ayant trait à l'esthétique (bien que lorsque l'on est à la barre on ne puisse admirer les rondeurs d'une belle coque). Mais une coque à bouchains navigue aussi bien qu'une coque en forme, est aussi résistante, et rend son propriétaire aussi heureux que celui d'une coque en forme (ce qui est un argument imparable !). Si cette coque est dessinée avec talent, tout d'abord sa fabrication est aisée (les bordés "viennent" tout seuls), ensuite elle peut tout à fait satisfaire l'œil : du voilier transportable au croiseur hauturier, les réalisations ne manquent pas pour corroborer cette affirmation. Pour résumer le CP-Epoxy :

- est léger
- mécaniquement très "solide"
- d'un approvisionnement sans problème
- demande un outillage restreint
- se répare aisément
- quasiment sans entretien
- d'une mise en œuvre rapide
- agréable à travailler !
- fini en lui-même
- économique
- peut être livré en panneaux prédécoupés ou en panneaux scarfés (rallongés)



 

Bibliographie.

Si vous ne deviez lire qu'un seul ouvrage, je vous recommanderais l'excellent Hors Série Le Composite Bois / Epoxy, signé Jean Yves POIRIER. www.loisirsnautiques.com

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