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Construction d'un voilier en amateur

 

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Construire son bateau en amateur offre bien des avantages. Et donner vie à un bateau est une expérience très enrichissante ! Cela finit parfois d'ailleurs par être une fin en soi et il est arrivé plus d'une fois que des constructeurs prennent plus de plaisir à construire qu'à naviguer et finissent par s'installer en professionnel !

Cela permet aussi d'obtenir un bateau inexistant sur le marché car la production industrielle ne se prête pas à la commercialisation de bateaux atypiques, comme par exemple les voiliers de randonnée transportables, ce marché n'étant guère rentable.

 

Construire soi-même son bateau permet aussi de le connaître par cœur et d'établir avec lui une grande complicité. On peut le réparer ou le modifier aisément car on possède l'outillage nécessaire et on sait comment s'y prendre.

Il ne faut cependant pas s'attendre à de substantielle économies ... Ce serait une erreur de se décider à construire son bateau dans le seul but d'économiser son argent. Si cela devait être le cas, il vaudrait bien mieux se tourner vers le marché de l'occasion où on peut trouver des bateaux à des prix imbattables si on est patient, chanceux et pas trop exigeant. Si on n'est pas prêt à investir un minimum d'argent dans une construction amateur on va au devant de bien des désillusions.

 

On pourra peut être trouver un plan à petit prix correspondant à son programme, mais il ne faudra pas compter sur une assistance digne de ce nom. Il est par ailleurs déconseillé de "pomper" un plan chez un ami car dans ce cas - outre qu'il s'agit tout simplement de vol - il faut s'attendre à des difficultés lors de l'homologation, de l'assurance et surtout d'une éventuelle revente. Il faut ensuite accepter d'investir un minimum d'argent dans de l'outillage ainsi que dans l'équipement d'un atelier. C'est dans les matériaux et dans l'équipement que les différences de prix entre la construction industrielle et la construction individuelle s'inversent : le professionnel peut acheter en quantité et bénéficier de remises substantielles et il a aussi moins de pertes dues à des conditionnement inadaptés (une source de gâchis non négligeable en construction amateur).

 

Si l'on veut se donner le maximum de chances de mener à son terme une construction, il faut :

savoir qu'il ne faut compter que sur soi-même. Une construction est l'affaire d'un seul homme et comme l'aventure dure longtemps (dans la plupart des cas plus longtemps que prévu) les bonnes volontés des premiers jours se trouvent assez vite d'autres centres d'intérêt. Il ne faut pas non plus tomber dans le piège de construire à plusieurs un seul bateau, par soucis d'économie ou pour s'encourager mutuellement. Il est rarissime que de tels projets aillent à leur terme, car les sujets de fâcherie sont légions, sur une route toujours plus ardue que prévue. On peut par contre se grouper pour construire deux voire plusieurs bateaux identiques ou de même importance, chacun se gardant la possibilité de prendre le large sans trop de dégâts si l'atmosphère devient irrespirable. Ayant personnellement vécu avec bonheur cette expérience sur la construction de notre ZITOUNE II, cotre de 11m, j'ose la recommander. Mais il faut avoir confiance avec qui on s'embarque et essayer de définir au mieux les règles du jeu avant de se lancer.

 

être (relativement) modeste et un peu se connaître. Il est judicieux de participer à une construction ou de commencer par un petit bateau (voilier transportable par ex.) qui sera néanmoins suffisant pour savoir si on tiendra la (longue) route.

multiplier par 3 le temps que l'on estimait y consacrer. Par trois, peut être pas   (quoique…), mais par deux, oui, sûrement !

s'assurer que son entourage tiendra la distance. C'est avant tout la plupart du temps l'affaire d'un seul homme, et même s'il vaut mieux que ce dernier soit dans son atelier à construire son cher bateau plutôt que d'assister à un match de foot, il ne faut pas que cela dure trop longtemps et que l'argent des vacances passe systématiquement dans l'achat du super winch dernier modèle. D'autant plus que la chère épouse n'est pas sure, mais alors pas du tout, qu'une fois le bateau à l'eau les loisirs seront idylliques…

s'équiper sérieusement (outillage et local) avant de se lancer. Se lancer dans les premières opérations avant de s'installer est vraiment mettre la charrue avant les bœufs ! S'il est bon pour le moral de voir rapidement les premiers gabarits prendre forme, il ne faut pas perdre de vue que le facteur temps est presque aussi important que le facteur argent et que si la construction s'éternise elle a peu de chance d'aboutir. Au risque de me répéter, il faut apprendre à gérer son temps au mieux et essayer de travailler comme un professionnel, en organisant son chantier, en étalant les approvisionnements, en se donnant le temps de la réflexion avant d'aborder une nouvelle étape. Il faut bien être conscient que l'on dispose d'un "capital temps" dès le lancement du projet, et que ce capital, bien que difficilement estimable, n'est pas infini.

 

avoir un plan digne de ce nom. Evidemment ! Vous êtes raisonnable et vous n'allez pas consacrer une bonne partie de votre courte existence à construire un "machin" à cinq pattes, laid, dangereux, sans aucune valeur ! Et pourtant, ça c'est vu, souvent… Même si le but de la construction individuelle est souvent de se fabriquer un bateau inexistant sur le marché, il faut bien réfléchir avant de se lancer dans la réalisation d'un bateau révolutionnaire auquel personne n'avait eu le génie d'y penser avant vous. On peut certes avoir des idées originales, et surtout savoir précisément ce que l'on veut, mais il faut avant tout garder un certain sens critique, surtout si l'on n'a jamais navigué… Si cela devait être le cas, je conseillerais avant tout de s'assurer que la navigation vous plaira, car ce n'est pas toujours comme dans les romans (mais alors, pas du tout : un proverbe anglais assure même que "les seuls moments agréables dans la vie d'un bateau sont son achat, suivi de sa revente"… Mais il s'agit d'un proverbe anglais, n'est-il pas ?).

 

ne pas vouloir prétendre "réinventer l'eau tiède". Si l'on pense avoir une idée nouvelle - ce qui est possible car la conception et la construction nautiques ne seront jamais figées - il est sage de la soumettre à la critique des hommes de l'art avant de tenter de la mettre en pratique. Si c'est un point de détail ne mettant pas en péril toute une construction, pourquoi pas, car on peut toujours faire marche arrière, mais investir tout son temps et son argent dans une invention fumeuse n'est pas vraiment une très bonne idée…

 

bien connaître le matériau. Avant de se lancer, il faut absolument faire connaissance avec les matériaux que vous allez employer. Un excellent moyen consiste à participer à une construction, l'idéal étant celle d'un sister-ship de votre bateau, à condition que le maître d'œuvre maîtrise convenablement le sujet… Mais vous pouvez aussi commencer tranquillement chez vous par la fabrication d'une ou deux pièces peu coûteuses mettant en œuvre les principaux composants que vous utiliserez bientôt. Guidé par un bon manuel, c'est une excellente méthode d'apprentissage car on est de suite dans les vrais conditions, chez soi, avec ses propres outils et obligé de se débrouiller seul. J'insiste encore un peu sur le fait qu'il faut maîtriser les matériaux car on attaque d'emblée une construction par les éléments vitaux, c'est à dire l'assemblage des bordés, ce qui ne souffre pas d'à peu près.

organiser ses achats. Tout les détails ne peuvent pas être précisément dessinés par l'architecte, en particulier l'équipement et l'accastillage : position d'un évier, d'une pompe, du moteur par ex. Pour ne pas perdre de temps à l'atelier à attendre une livraison (en juillet et août, il est quasiment impossible de commander et de se faire livrer du matériel…) il est commode de disposer de ses pièces lorsque le moment est venu de définir leur position puis de les fixer.

 

habiter près de son œuvre, l'idéal étant d'avoir son atelier à demeure. Si on n'a pas d'atelier en dur, on peut fort bien construire un abri en film de polyane, par exemple en récupérant des éléments de serre d'occasion. En doublant le polyane de "bull-pack" on peut parvenir à une isolation suffisante si on prend le soin de bien s'isoler du sol, qui est la première source d'humidité. Un plancher de panneaux d'aggloméré posé sur un film étanche est une excellente solution, car les panneaux sont très confortables et assez bon isolants.

avoir le budget. Si on débute une construction à partir d'un simple plan l'établissement d'un budget relativement précis est assez difficile et demande un gros travail. Par contre un kit pourra vous indiquer précisément les limites des dépenses à prévoir, ce qui est très confortable pour l'esprit et la vie de famille. Etablir un budget permet de visualiser le montant des différents postes, pour l'essentiel : outillage, mannequin ou conformateur, équipement de l'atelier, CP, chimie, équipement, accastillage, voiles, motorisation, remorque, et de se rendre compte sur quels points il peut valoir la peine de "gratter" un peu. Il est des postes plus difficiles à chiffrer tels que le chauffage, l'électricité, les déplacements, les consommables, mais sur ces points encore une fois un manuel doit vous indiquer des fourchettes de prix réalistes.

 

que la construction soit un plaisir ! Si on ne se rend pas à son chantier le sourire aux lèvres, autant renoncer de suite, car on n'ira pas au bout, ou alors la qualité de la réalisation risque d'être fort médiocre… Le plaisir de travailler avec ses mains est primordial quand on décide de se lancer dans une construction. Cela ne veut absolument par dire que l'on est très habile de ses dix doigts, loin de là ! J'ai vu à maintes reprises des constructeurs relativement maladroits prendre un grand plaisir à construire une embarcation, et parvenir à leur fin, c'est-à-dire à naviguer sur leur création. Encore une fois, les outillages et guides modernes sont réellement efficaces et permettent de surmonter toutes les difficultés, pour peu que la persévérance soit présente.

savoir naviguer et avoir un projet précis quant à l'usage qu'on entend faire de son bateau. Même en suivant à la lettre un guide très précis, il est inconcevable de construire un bateau sans avoir un peu navigué. Quant à l'usage que l'on compte en faire, il est préférable que les projets soient assez clairs et que son entourage soit en harmonie avec vous.

Si le candidat ne peut pas répondre positivement à chacun de ces points, il n'est pas du tout sûr de mener son projet jusqu'à la mise à l'eau. Fréquentant depuis des dizaines d'années (eh oui…) le petit monde de la construction amateur, j'ai vécu l'époque héroïque où de doux rêveurs se lançaient dans la construction de véritables "cathédrales" de ferro-ciment ou d'acier, en n'ayant en poche que quelques maigres économies… Bien peu sont allés faire le tour du monde, et combien de carcasses rouillées fleurissent encore aux quatre coins de l'hexagone (l'hexagone français n'a que quatre côtés, c'est bien connu, et nous en sommes très fiers !).

Certes la construction dite "amateur" (alors qu'il faudrait plutôt dire "individuelle" tant beaucoup d'entre elles peuvent se comparer sans rougir aux meilleures constructions professionnelles) a atteint l'âge de raison. Tout est là maintenant pour permettre au candidat de réussir : outillage adapté, nouveaux matériaux (je pense surtout au CP époxy), et surtout une documentation importante (notamment tous les Hors Série de la revue Loisirs Nautiques), sans parler d'internet qui est une mine de renseignements, de conseils (et aussi d'âneries !) s'enrichissant sans cesse.

Mais les facteurs de réussite (et d'échec) sont et seront toujours les mêmes, car c'est bien toujours un être humain avec toutes ses forces et ses faiblesses qui est au bout de la chaîne.

Les constructeurs sachant naviguer, ayant un projet et un budget sérieux, de bonnes bases techniques, non "gauchers des deux mains", et qui décident de construire en accord avec leur entourage à partir d'une coque pontée sont certains de naviguer un jour sur leur construction. Sans aller jusque là, il existe aujourd'hui quelques kits très élaborés, principalement dans le domaine du voilier transportable, comprenant l'intégralité des pièces et fournitures nécessaires. Par exemple, la découpe à l'aide d'une fraiseuse numérique d'éléments en contreplaqué est relativement récente et a nettement amélioré la qualité de ces kits. Les fournisseurs de matières premières (colles, tissus de verre, peinture) ont aussi adhéré au marché de la construction amateur, ainsi que les fabricants de matériel en offrant tous des catalogues adaptés.

Cependant, malgré toutes ces facilités nouvelles, la construction d'un bateau requiert bien plus de compétences que celle d'une habitation : lecture de plans, menuiserie bien spécifique, techniques des collages, électricité, motorisation, installation des réservoirs, aménagements, pose de l'accastillage… Pour un constructeur novice, c'est copieux ! C'est pour toutes ces raisons qu'un kit digne de ce nom doit être livré avec un manuel de montage, accompagné de conseils spécifiques aux types de matériaux employés. Ce qui est très rarement le cas, car cela demande des connaissances très sérieuses, un savoir pas uniquement livresque mais avant tout pratique, mais surtout un énorme travail qu'un architecte ou un patron de chantier devant "sortir son salaire" ne peut absolument plus fournir aujourd'hui.

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